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Pourquoi la crise des laits infantiles est particulièrement difficile pour Nestlé ?

Date 31 March 2026
Type Articles

Fin novembre 2025, Nestlé indique avoir détecté de très faibles niveaux de céréulide lors de contrôles de routine dans une usine néerlandaise. Les premières procédures de rappel ont commencé le 10 décembre 2025, puis ont été élargies le 5 janvier 2026, notamment pour des produits Guigoz et Nidal. Nestlé affirme avoir lancé début janvier un rappel volontaire et préventif dans plus de 50 pays et régions ; à l’échelle de l’incident multi-marques, l’OMS recensait, au 25 février 2026, des lots rappelés dans 99 pays et territoires et 144 cas suspectés ou confirmés dans dix pays. Les autorités françaises attribuent la source de la contamination à une huile riche en acide arachidonique, commune à plusieurs fabricants, fournie par un producteur chinois. En France, trois signalements de décès de nourrissons avaient été portés à la connaissance des autorités au 20 février, mais celles-ci précisaient qu’aucune imputabilité scientifique n’était établie à ce stade.

La première raison pour laquelle cette crise est plus difficile que d’autres tient au produit lui-même. Le lait infantile n’arrive pas sur un marché neutre : la catégorie a déjà connu, en moins de dix ans, plusieurs alertes majeures. En 2017, l’affaire Lactalis a conduit au retrait de plus de 600 lots, soit plus de 7 000 tonnes, après 35 cas confirmés de salmonellose chez des nourrissons. En 2018, le ministère de la Santé a rappelé des boîtes de Prémilait 1er âge en raison d’un risque d’Enterobacter sakazakii. En 2019, l’alerte Modilac a été déclenchée après l’identification de quatre nourrissons infectés par une même souche de Salmonella Poona ; de nombreuses références ont alors été rappelées sans distinction de lot. En 2022, le rappel d’Abbott aux États-Unis a contribué à une pénurie nationale, au point que la FDA a dû suivre durablement la remise à disposition des produits. Pour le public, cette nouvelle crise ne constitue donc pas un accident isolé, mais un épisode supplémentaire dans une suite déjà longue.

La deuxième difficulté tient à l’association entre le produit et la victime potentielle. L’ECDC rappelle que, face à la céréulide, les nourrissons de moins de six mois sont plus vulnérables que les enfants plus âgés à la déshydratation et aux troubles électrolytiques. L’EFSA a d’ailleurs dû fixer en urgence une dose aiguë de référence spécifique aux nourrissons et des seuils de sécurité pour les préparations reconstituées. Dans une telle catégorie, la tolérance au doute est presque nulle : la sécurité attendue n’est pas élevée, elle doit être absolue.

La troisième difficulté est d’ordre industriel et symbolique. Cette affaire rend visible, de façon brutale, la mondialisation de la chaîne d’approvisionnement. Les autorités françaises indiquent qu’un même ingrédient, l’huile ARA utile au développement du nourrisson, a été identifié comme source de contamination et que tous les fabricants ayant eu recours à ce fournisseur doivent réévaluer la sécurité de leurs lots. L’OMS, de son côté, documente une diffusion dans 99 pays et territoires. Pour l’opinion, cela réduit mécaniquement la force de la promesse de marque: lorsque plusieurs industriels concurrents rappellent des produits à cause d’un même intrant, la différenciation perçue entre les marques s’affaiblit fortement.

Enfin, Nestlé affronte cette crise avec un passif déjà chargé. En 2022, Santé publique France a confirmé le lien entre les pizzas Fraîch’Up Buitoni contaminées et 55 cas; Nestlé France a ensuite mis en place un accord collectif d’indemnisation amiable pour certaines victimes. En 2025, la commission d’enquête du Sénat sur les eaux en bouteille a estimé que 439 857 m3 d’eau ne respectant pas les caractéristiques de l’eau minérale naturelle avaient été commercialisés comme tels, pour une valorisation d’environ 220 millions d’euros. Autrement dit, la crise actuelle ne frappe pas une entreprise perçue comme exemplaire sur la qualité : elle frappe un groupe déjà exposé à des controverses sanitaires et à des griefs de conformité.

Un dernier point complique encore la situation : cette crise se lit simultanément sur les registres sanitaires, réputationnel et financier. Le 13 janvier 2026, le directeur général Philipp Navratil a présenté des excuses publiques et qualifié le rappel de mesure de précaution. Un mois plus tard, dans ses résultats annuels, Nestlé chiffrait déjà l’impact de l’affaire à 75 millions de francs suisses de retours de ventes, 110 millions de dépréciations de stocks et environ 20 points de base sur la croissance organique 2026. Pour une société cotée, cette double parole est inévitable ; mais, dans un dossier touchant les nourrissons, elle rend la crise plus sensible, car chaque message est reçu à la fois comme un message de sécurité et comme un signal adressé aux marchés.

E&HA
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